Otites moyennes, exposition aux organochlorés et tabagisme passif chez les enfants du Groenland

Publié le 03.03.2014

Les Groenlandais ont le triste privilège de présenter une concentration corporelle en organochlorés parmi les plus élevées du monde ainsi qu’une très forte prévalence d’otites moyennes chez l’enfant. Ces deux phénomènes seraient-ils liés ?

Les organochlorés, qui comprennent entre autres les polychlorobiphényles et le DDE, un produit de dégradation du DDT, sont des polluants environnementaux qui s’accumulent dans les tissus adipeux des prédateurs, notamment marins. Les populations qui consomment beaucoup de produits issus de la pêche se retrouvent avec une très forte concentration corporelle en organochlorés.

Or des investigations chez l’animal aussi bien que des études épidémiologiques chez l’homme ont montré que ces produits sont immunotoxiques, c’est-à-dire qu’ils diminuent les défenses de l’organisme et le rendent plus vulnérable aux infections. D’autre part, une étude de l’OMS de l’année 2000 ayant montré que la population inuite du Groenland présentait un taux particulièrement élevé d’otites, des scientifiques danois ont cherché une relation éventuelle entre cette pathologie et la pollution aux organochlorés. Prenant de futures mères comme sujet d’étude, ils se sont intéressés dans leur enquête à d’autres facteurs de risque identifiés comme susceptibles de favoriser l’apparition d’otites : le tabagisme passif, le nombre de personnes au domicile, l’allaitement, le régime alimentaire, la fréquentation du jardin d’enfants, …

Au total, 400 femmes enceintes, âgées de 16 à 46 ans et habitant trois villes de la côte ouest du Groenland (Nuuk, Ilulissat et Maniitsoq) ont participé à l’enquête entre 1999 et 2007. Des échantillons de sang ont été prélevés sur les mères avant et après la naissance, ainsi que des échantillons de lait maternel et de sang de cordon ombilical des bébés. Quatorze polychlorobiphényles et onze pesticides ont été dosés dans ces prélèvements.

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Examen ORL
Crédit photo : World Bank Photo Collection
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En 2010, les enfants alors âgés de 4 à 10 ans, ont été invités à une consultation médicale. Un médecin spécialiste en ORL a examiné leurs tympans (vidéo-otoscopie, tympanométrie) ainsi que leurs dossiers médicaux qui ont été soigneusement étudiés à la recherche d’épisodes d’infections auriculaires depuis la naissance jusqu’à la date de la consultation.

Après avoir compilé toutes les données qui se sont ainsi retrouvées à leur disposition, les auteurs n’ont découvert aucune association entre l’exposition périnatale aux organochlorés et le développement d’otite moyenne. Les facteurs retrouvés associés à une otite infantile sont des antécédents maternels d’otites, les habitudes tabagiques de la mère (passées et/ou présentes) et le nombre de fumeurs à la maison.



Étant donné que 42% des mères de l’étude avaient l’habitude de fumer, des interventions pour réduire le tabagisme passif sont nécessaires, ainsi que des campagnes d’information auprès des parents. En effet, les otites moyennes au Groenland évoluent souvent vers la chronicité avec un risque élevé de surdité permanente.

Marie-Pierre Verdier, INIST-CNRS

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