Perspectives de jeunes Inuits du Nunavut sur les infections sexuellement transmissibles et la santé sexuelle

Publié le 24.01.2017

Les taux d’infections sexuellement transmissibles sont plus élevés dans les régions arctiques que dans les régions voisines plus au sud, les jeunes constituant une population particulièrement à risque.

La population du Nunavut, composée à 85% d’Inuits (chiffres de 2014) est très jeune : 53% était âgée en 2006 de 24 ans ou moins. Elle connaît également les taux les plus élevés de chlamydia, de gonorrhées et de syphilis, avec un pic en 2013 (plus de dix fois les taux du reste du Canada) [1].

C’est afin de comprendre un peu mieux les déterminants de cette situation qu’une recherche qualitative a été menée récemment dans trois communautés du Nunavut auprès de 17 adolescents âgés de 14 à 19 ans.
Cette étude, centrée sur les modes de connaissance indigènes, a consisté en entretiens à partir de questions ouvertes autour d’un thème central : les discussions de ces jeunes à propos de questions de sexualité et de santé, avec leur famille [2], leurs pairs, des enseignants et d’autres membres de la communauté.

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Femme inuite et son enfant
Photo : David Moore Lindsay
Crédits : Domaine public, via Wikimedia Commons

A l’analyse, quatre résultats majeurs d’un point de vue santé publique sont ressortis :

  • les parents constituaient la source privilégiée de connaissance, une grande majorité de ces jeunes rejetant le système scolaire, l’infirmier ou le représentant du centre de santé communautaire, ainsi qu’internet, comme sources d’information sur ces thèmes ;
  • les jeunes disaient ne pas utiliser internet pour chercher de l’information sur le sujet : c’est un résultat important dans la mesure où de grosses sommes ont été investies dans le développement et le lancement de programmes en ligne de promotion de la santé sexuelle à destination des jeunes ;
  • les adolescents mettaient la prise de décision en matière de sexualité en relation avec le contexte plus large de la communauté, subordonnant ces considérations à des déterminants de la santé estimés plus urgents tels que, notamment, l’adversité ou la pauvreté ;
  • les jeunes discutaient avant tout de santé sexuelle en termes de plaisir, de désir et d’amour, aspects souvent occultés dans le discours sur la santé sexuelle en santé publique, centré avant tout sur ses aspects négatifs (infections sexuellement transmissibles, grossesses adolescentes...) et leur prévention.

Cette étude a ainsi permis de mettre en lumière certains aspects de la santé sexuelle chez les jeunes largement absents de la littérature et négligés par les actions de santé publique dans le Nord du Canada.
De nouveaux types d’intervention gagneraient ainsi à la prise en compte des perspectives des jeunes, prise en compte qui donnerait lieu à des initiatives d’éducation centrées sur la relation parent-adolescent selon une approche holistique considérant la santé selon ses déterminants sociaux, physiques, émotionnels, mentaux et spirituels.
C’est dire l’importance du développement de recherches participatives communautaires, aptes à appréhender les perspectives des premiers intéressés.

Laurent Panes, INIST-CNRS

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