Perspectives locales sur la participation de représentants autochtones à une démarche d’évaluation d’impact sur la santé en Alaska

Publié le 05.09.2014

Les relations des populations indigènes d’Alaska aux autorités gouvernementales sont grevées par un lourd passif historique colonial [1]. Restaurer une relation de confiance se révèle un enjeu majeur également en termes de santé publique.

Démarche structurée d’aide à la planification et à la décision, l’évaluation d’impact sur la santé (EIS) est définie par l’OMS comme "une combinaison de procédures, méthodes et outils par laquelle une politique, un programme ou un projet peuvent être jugés selon leurs effets potentiels sur la santé de la population et la distribution de ces effets au sein de cette population."
Si l’EIS s’est généralisée lors de ces vingt dernières années, elle n’est cependant pas requise aux États-Unis. L’Alaska, en développant un tel programme [2] comme pratique exemplaire pour un développement responsable, a introduit un précédent.

L’implication de parties prenantes, parmi lesquelles, entre autres, scientifiques, représentants des populations locales, des organisations communautaires, des industries, y est considérée comme un facteur primordial de succès.
Pourtant, malgré tous ses bénéfices théoriques et/ou attestés, la façon dont elle est mise en œuvre (le processus de participation) par les praticiens de l’EIS est éminemment variable selon les juridictions, et souvent il existe un gouffre entre la rhétorique professionnelle de la participation et la réalité concrète.
Responsables de l’évaluation et parties prenantes peuvent ne pas partager la même conception de la nature et de l’intérêt de cette collaboration, au point que les représentants locaux risquent au bout du compte d’être amenés à remettre en cause leurs contributions.
De plus, les parties prenantes constituent un groupe très hétérogène (sur le plan des systèmes de valeurs, des croyances, de l’éducation, de la profession...), ce qui pose d’importants problèmes aux acteurs de l’action d’évaluation pour la mise en place concrète du processus.

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Entrée du Glacier de Matanuska
Photo : DhilungKirat Certains droits réservés - Licence Creative Commons

C’est dans ce contexte qu’une étude a été menée, à l’occasion d’une action d’EIS portant sur un projet d’exploitation d’une mine de charbon dans la Mat-Su Valley, en Alaska Centre-Sud.
A partir d’entretiens semi-directifs avec différentes parties prenantes au processus d’évaluation, il s’agissait de mieux comprendre les attentes et perspectives locales sur l’aptitude de la démarche à prendre en compte les visions du monde et systèmes de connaissances autochtones, les conceptions locales de la santé et du bien-être.

En ce qui concerne les représentants indigènes locaux, le thème important qui est ressorti a été leur inquiétude sur l’aptitude du processus de participation à rendre compte de la relation unique et complexe entre l’environnement, le facteur protecteur qu’est la culture traditionnelle, et l’héritage des politiques coloniales et d’assimilation.

Ainsi, les facteurs déterminants de la santé autochtone ne peuvent être compris sans une prise de conscience de la défiance historique entre populations indigènes et gouvernements, et des effets des précédents projets miniers et/ou de développement qui, avec leur cortège de déplacements forcés et de pensionnats obligatoires pour les enfants, avaient eu pour conséquence la remise en cause radicale de leur mode de vie traditionnel.
En outre, il était souhaité et attendu de la part des praticiens de l’évaluation une compréhension de la culture traditionnelle locale. Plusieurs des personnes interrogées ont ainsi beaucoup insisté sur la nécessité pour ces derniers de reconnaître l’importance d’écouter et d’apprendre à déchiffrer les histoires racontées par les Anciens, ainsi que la signification de pratiques culturelles telles que le partage de nourriture et de cadeaux, lorsqu’une telle information sur les traditions leur était révélée lors du processus de participation.
Quant à leur conception de la santé, les participants autochtones ont parlé de leur relation à leur environnement, de leur culture, et du rôle que ces facteurs jouaient dans la protection et la promotion de la santé des leurs.

L’étude a donné lieu à différentes recommandations destinées à améliorer les conditions de la participation des représentants des populations indigènes. Elles étaient centrées sur la nécessité d’actions de formation et de sensibilisation des acteurs de l’EIS à une approche centrée sur la communauté (travail social), en vue de l’établissement d’une relation de confiance entre ces derniers et les populations locales, impliquant notamment la reconnaissance du trauma historique subi et de la culture traditionnelle autochtone.

Laurent Panes, INIST-CNRS

[1]Voir aussi : Passé colonial et santé publique. chez les peuples autochtones des régions arctiques, regroupant des liens vers des articles de notre site apportant divers éclairages autour de ce thème.

[2]http://www.epi.alaska.gov/hia/defau...

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