Quand l’Arctique refroidit le Québec

Publié le 11.03.2020 - Article de Mathieu Perreault du 14/02/2020 sur La Presse

La fonte de la banquise arctique augmente la probabilité de coups de froid dans l’est de l’Amérique du Nord, selon plusieurs études. Elle pourrait aussi expliquer les récentes canicules en Europe. Un débat sur la question a lieu cette fin de semaine au congrès annuel de l’Association américaine pour l’avancement des sciences, à Seattle. Il s’agit de la plus importante rencontre de science généraliste au monde

Front froid

Depuis une dizaine d’années, de plus en plus d’études montrent que les coups de froid hivernaux sont plus fréquents en Nouvelle-Angleterre et au Québec. « L’explication la plus répandue est que la diminution de la zone de l’Arctique qui est recouverte de glace modifie le courant-jet responsable du front froid, empêchant l’air très froid du pôle de descendre plus au sud », explique Thomas Jung, climatologue de l’Institut Alfred-Wegener, en Allemagne, qui participe à la séance sur ce sujet vendredi matin à Seattle. « C’est paradoxal que ce soit un effet du réchauffement de la planète. Pendant l’hiver, une portion plus grande de l’océan Arctique est en contact avec l’air froid de l’atmosphère et le réchauffe. Il y a aussi plus d’aspérités qui ralentissent les vents quand l’eau est libre, par rapport à une surface de glace lisse ».

Modèles et observations

Parmi les dizaines d’études sur le sujet, M. Jung a relevé deux grandes tendances : les modélisations sont mitigées, alors que les études basées sur des données réelles tendent à confirmer la théorie d’une ondulation du front froid arctique augmentant le risque de froids « polaires » au Québec.

« Les modélisations sont évidemment plus incertaines, mais il faut se souvenir que nous n’avons que 50 ans de bonnes données à analyser », dit le climatologue allemand. « Alors il faut attendre les prochaines générations de modèles climatiques, qui seront plus précis ». Selon M. Jung, la taille des cellules individuelles analysées par les modèles actuels va de 50 à 80 km de côté. Les nouveaux modèles en train d’être testés descendent à une taille de 16 km pour les cellules. « On connaît de mieux en mieux les équations chimiques et physiques qui font le lien entre le climat et la météo », dit M. Jung. « Il faut par contre de meilleurs algorithmes ou une capacité de calcul plus grande pour avoir des cellules plus petites, plus précises ». Une cellule est à un modèle climatique ce qu’un pixel est à une photo.

Canicules en Europe

Un corollaire de la théorie liant la glace arctique et les froids polaires plus au sud veut que les canicules qui font des milliers de morts depuis une décennie en Europe soient aussi liées à la fonte de la banquise polaire.

« À mon avis, le lien est moins certain », dit M. Jung. « L’été, l’eau arctique ne réchauffe pas l’atmosphère des pôles, parce qu’elles sont à la même température. Je crois plutôt que la fonte de la banquise arctique diminue la force du courant charriant de l’eau chaude vers l’Europe, dont fait partie le Gulf Stream. Ce courant est responsable des vents qui amènent l’eau fraîche de l’océan en Europe l’été. Ces vents sont moins forts, on a plus de canicules »...

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Voir aussi l’article du 21/02/2020 intitulé "Québec : la poussée de froid arctique fait tomber les records !", paru sur MétéoMédia