Quand le réchauffement climatique redessine la carte du Nunavut

Publié le 29.04.2008

Eté 2005 : en moins d’une heure, un morceau de l’Arctique canadien disparaît, transformant irrémédiablement la géographie de ce pays. Retour sur un événement qui pourrait bien devenir habituel…

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Survol de l’île Ellesmere
Crédit photo : Ted Lewis

Entre 17h30 et 18h30, le 13 août 2005, à 800 km du Pôle Nord, une gigantesque masse de glace se détache de l’île Ellesmere et s’effondre dans la mer, laissant dans son sillage une île de glace, ainsi qu’une traînée de fragments. C’est la quasi-totalité de la plate-forme de glace Ayles, d’une superficie de plus de 87 km2, qui a ainsi disparu, modifiant définitivement la carte du Nunavut et réduisant désormais à cinq le nombre de plates-formes de glace subsistant dans l’Arctique canadien. L’île de glace Ayles, d’une longueur avoisinant les 15 km pour une épaisseur dépassant les 40 m, va alors dériver des mois durant sur plus de 470 km dans l’océan glacial Arctique, avant de se fracturer le 4 septembre 2007. Les fragments sont actuellement stoppés par la banquise au large de l’île Amund Ringnes (Iles de Sverdrup, à l’ouest d’Ellesmere), probablement jusqu’au dégel de l’été 2008.

Le vêlage de plates-formes glaciaires n’est pas inhabituel. Ce qui l’est, c’est l’importance et la rapidité de cette rupture. Dans un article paru en novembre 2007, une équipe de chercheurs canadiens tente de comprendre ce qui a pu provoquer un tel phénomène, utilisant notamment des données climatiques et océanographiques, des images satellitaires et des enregistrements sismologiques du mini-séisme qui en a résulté.

La côte nord de l’île Ellesmere contient les dernières plates-formes de glace canadiennes, qui ont commencé à se former il y a environ 4 500 ans. Depuis le début du XXe siècle, 90% de ces plates-formes se sont détachées de la côte, ne laissant en 2004 que six plates-formes encore existantes. Aucune plate-forme glaciaire ne peut en effet se reformer après un vêlage dans le contexte climatique actuel.

Le plateau de glace Ayles s’est formé par l’avancée du glacier qui l’alimentait, par accumulation de glace en surface et accrétion à sa base. Une épaisse couche de glaces de mer pluriannuelles, fixée à la côte nord de l’île depuis plusieurs dizaines d’années, protégeait la plate-forme de l’impact des vagues et de leur érosion thermique et mécanique, ainsi que des collisions avec la banquise mobile.

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Vêlage en Arctique
Crédit photo : Yukon White Light
Certains droits réservés : Licence Creative Commons

Mais l’été 2005 connaît des températures particulièrement élevées et par conséquent, l’une des réductions les plus fortes de la banquise. Ces conditions se révèlent déterminantes dans la rupture brutale de la plate-forme déjà fragilisée par le réchauffement de ces cinquante dernières années. A ces conditions s’ajoutent des vents forts, anormalement persistants, ainsi qu’un courant marin circulaire de Beaufort, ce qui provoque la disparition de la protection de la banquise permanente flanquant le plateau Ayles, événement rare lui aussi.

Luc Copland estime que ce vêlage, le plus important de ces trente dernières années, est une réponse de l’Arctique au changement global et qu’il est vraisemblable dans les conditions actuelles de réchauffement et de réduction de la banquise que les disparitions de plates-formes de glace se poursuivent. L’effritement en Antarctique, depuis le 28 février dernier, d’une imposante partie de la plate-forme glaciaire Wilkins, menaçant ainsi la stabilité de cet énorme plateau de glace vieux de plusieurs milliers d’années, vient à point nommé confirmer ces propos.

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Camille de Salabert, INIST-CNRS

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