Recherche d’analogues polaires pour le satellite Europe de Jupiter

Publié le 27.10.2010

L’exploration de la surface du satellite Europe par des engins robotisés nécessite au préalable une bonne connaissance des conditions locales dans lesquelles ces robots vont évoluer. A l’instar des missions martiennes pour lesquelles des tests ont pu être réalisés sur des terrains analogues à la surface de Mars, un certain nombre de sites, en particulier situés au niveau des pôles et ressemblant à la surface glacée d’Europe, ont été découverts sur Terre et dans le système solaire.

Ralph D. Lorenz, physicien et spécialiste en recherche planétaire à l’université Johns Hopkins, et Damhnait Gleeson, astrobiologiste à la NASA, proposent quelques sites terrestres semblables à la surface du satellite Europe. Leur objectif est de simuler l’exploration de la surface de ce satellite en quête d’éventuelles traces de vie extraterrestre. Tout est mis en oeuvre afin d’éviter des résultats biaisés par la contamination de microbes terrestres susceptibles d’être transportés à l’intérieur des engins d’exploration. Quelques sites analogues au satellite Europe, dont certains se rencontrent en zone polaire, sont mis en exergue par les auteurs.

JPEG - 76.7 ko
Europa Explorer chargé d’examiner la surface glacée d’Europe et de rechercher des sites d’atterrissage possibles pour les engins robotisés
Crédit photo : NASA/courtesy of nasaimages.org
Certains droits réservés
  • Le glacier Borup Fiord Pass

Des sources d’eau liquide à forte teneur en soufre émergent d’un glacier situé à Borup Fiord Pass sur l’île Ellesmere dans l’Arctique canadien (voir la brève « Un reflet d’Europe, satellite de Jupiter, dans le miroir de l’Arctique canadien »). Il en résulte un dépôt jaunâtre, le long des surfaces d’écoulement de ces sources, qui pourrait servir d’analogue chimique à la surface d’Europe présentant les mêmes dépôts.

  • Le lac Vostok

Le lac Vostok situé en Antarctique est sans aucun doute l’analogue le plus important d’Europe. Ce lac, qui repose à environ quatre kilomètres sous la surface de la glace (une dizaine de kilomètres pour l’océan sous-glaciaire d’Europe), a été découvert grâce à une technique radar particulière qui pourrait servir également sur Europe. La question de la présence de vie microbienne dans ce lac reste toujours d’actualité au vu des résultats contradictoires obtenus après l’analyse de carottes de glace profondes. Les procédures permettant de décontaminer les instruments seront d’une aide précieuse pour les futures missions sur Europe.

  • Le lac Tirez

Situé en Espagne, il présente la particularité d’être extrêmement riche en sels minéraux (magnésium, sodium, sulfate et chlorure). Cette caractéristique est similaire, pense-t-on, à la composition chimique de l’océan sous-glaciaire d’Europe. En effet, lorsque le lac est gelé, les saumures ressemblent fortement aux données envoyées par la sonde spatiale Galileo à l’époque de son survol d’Europe.

  • Environnements planétaires

Des sites analogues pour Europe pourraient également émerger de l’étude de missions spatiales, passées ou à venir, telles que la Lune (présentant de fortes similitudes en termes de gravité, de taille et de vide), les comètes (comme 67P/Churyumov-Gerasimenko qui sera survolée par la sonde spatiale Rosetta en 2014 et qui déposera un engin sur sa surface) ainsi que les calottes polaires de Mars.

JPEG - 40.9 ko
Europa Astrobiology Lander sera construit en fonction des découvertes de la mission Europa Explorer en vue d’une exploration biologique de la surface d’Europe
Crédit photo : NASA/courtesy of nasaimages.org
Certains droits réservés

Il n’existe toutefois pas d’analogues parfaits pour Europe, souligne Damhnait Gleeson, que ce soit sur Terre ou dans l’espace. Une attention particulière a été cependant portée aux analogues situés en Arctique et Antarctique, pour lesquels des progrès importants ont été réalisés ces dernières années. Leur étude permet d’être mieux préparé pour l’inattendu sur Europe et d’augmenter les chances de réussite pour une future mission [1]. _

Claude Dahdouh , INIST-CNRS

[1]Le rapport final de l’étude consacré à la mission d’exploration d’Europe « Europa Explorer Mission » peut être téléchargé gratuitement sur le site de la NASA

Situer cette recherche