Richesse insoupçonnée de la faune des forêts d’algues de l’océan Arctique

Publié le 16.02.2010

Mal connue, la faune des invertébrés associés aux algues marines de l’Arctique se révèle riche en espèces.

Dans les zones tempérées et boréales, les grandes algues marines abritent une faune d’invertébrés nombreuse et variée. Dénommées forêts d’algues par les scientifiques, ces formations végétales sont souvent considérées comme des habitats aussi riches en espèces animales que les récifs coralliens des zones tropicales. Elles modifient le mouvement de l’eau, la sédimentation et la pénétration de la lumière, et procurent un habitat et de l’énergie (carbone fixé) aux communautés animales et végétales associées. Les chercheurs résument cette action sur leur milieu en les qualifiant "d’ingénieurs de l’écosystème".

JPEG - 32.3 ko
Forêt d’algues
Photo : Kip Evans - Source : Wikimedia commons

Les inventaires de la faune et de la flore sont indispensables pour mesurer l’impact sur l’environnement des perturbations dues aux actions humaines ou au changement climatique. Les effets du réchauffement climatique sont annoncés comme plus précoces et plus intenses dans les mers polaires qu’aux latitudes plus basses. Obtenir des estimations fiables du nombre d’espèces dans ces régions devient urgent.

Or, la faune vivant dans les forêts d’algues de l’océan Arctique est très mal connue en raison des difficultés techniques et logistiques d’exploration dans ce milieu extrême.

Afin d’évaluer la richesse spécifique (voir encadré) du macrozoobenthos [1] de ces « forêts » et de la comparer à celle des formations végétales similaires des latitudes basses, des scientifiques polonais ont étudié des peuplements de macroalgues marines, dans le fjord arctique de Hornsund, à l’ouest du Spitzberg (latitude 76-77°N), dans l’archipel du Svalbard. Ils ont décrit la répartition de la diversité faunistique entre les différentes espèces d’algues et selon les différentes parties des algues dominantes.

Ils ont récolté 403 échantillons, correspondant chacun à une algue, à des profondeurs variant de 5 à 10 mètres. Sur ces algues, ont été trouvées 208 espèces d’invertébrés appartenant principalement à trois groupes taxonomiques : des bryozoaires [2] (70 espèces), des vers annélides polychètes [3] (52 espèces) et des hydrozoaires [4] (37 espèces).

En dépit des efforts de collecte, la totalité des espèces n’a pas été capturée (comme l’attestent les courbes statistiques du cumul des espèces en fonction du nombre d’échantillons, qui ne se stabilisent pas à une valeur asymptotique). Cela s’expliquerait par le nombre important d’espèces rares dans la faune associée à ces algues : 38% n’ont été prélevées qu’en un ou deux exemplaires. Il en résulte que l’évaluation de la richesse spécifique réelle est très difficile à réaliser même au cours d’une campagne d’échantillonnage extensif.

Ces peuplements d’algues abritent donc une richesse spécifique plus élevée qu’on ne le pensait mais, comparés aux formations similaires des zones tropicales, leur diversité est moindre.

L’effort de recherche est encore insuffisant et l’étude de la biodiversité de la faune benthique [5] de l’océan Arctique devra être développée afin de mieux cerner l’impact des perturbations climatiques sur les écosystèmes des forêts d’algues boréales.

Richesse spécifique et diversité spécifique

La richesse spécifique correspond au nombre total d’espèces différentes présentes dans une communauté.

La diversité spécifique "intègre [...] la fréquence relative des espèces présentes dans une communauté qui représente la plus ou moins grande régularité avec laquelle les individus des diverses espèces peuvent se rencontrer." (F. Ramade, Dictionnaire encyclopédique de l’écologie, entrée : diversité).

Une communauté peut donc comprendre de nombreuses espèces (grande richesse spécifique) mais si une ou deux d’entre elles dominent en nombre on dira que la diversité est faible.

Isabelle Gomez, INIST-CNRS

[1]Macrozoobenthos : "ensemble des invertébrés aquatiques retenus par une maille de 500 mm et liés aux fonds quelle que soit la granulométrie, ou liés à des surfaces telles que le bois mort, les plantes [...] ou tout objet artificiel." Source : introduction du rapport de recherche université de Rennes I.

[2]Bryozoaires : « animaux-mousses » coloniaux, fixés aux rochers ou aux algues. D’après le site de Jean-Louis Etienne.

[3]Annélides polychètes : animaux à corps cylindrique segmenté, constitué d’anneaux tous identiques entre eux avec des parapodes (sortes de pattes) portant des soies de chitine. Ils sont presque tous marins. D’après l’entrée "polychètes" du glossaire de l’Ifremer.

[4]Hydrozoaires : animaux marins coloniaux, de la famille des coraux. D’après l’article "Hydrozoa" de Wikipedia.

[5]Faune benthique ou zoobenthos : animaux qui vivent sur les fonds marins.

Situer cette recherche