Science et savoir autochtone au service du caribou

Publié le 20.10.2020 - Article de David Pelletier du 16/09/2020 sur le Journal Le Soir

Catherine Alexandra Gagnon, nouvellement diplômée au doctorat en sciences de l’environnement à l’UQAR, a publié plus tôt cette année un article dans la revue Journal of Applied Ecology portant sur le caribou migrateur de l’Arctique, le troupeau de la rivière Porcupine au nord de l’Alaska et du Yukon. Son étude démontre que malgré les changements climatiques importants présents à ces latitudes, les caribous de ce troupeau réussissent tout de même à bien s’en sortir. L’originalité de son approche tient au fait qu’elle a combiné les observations des chasseurs autochtones ainsi que des données scientifiques afin de mieux comprendre l’écologie de cette espèce qui reste toutefois vulnérable

Le caribou migrateur de la toundra

Le caribou migrateur (Rangifer tarandus) est une espèce clé abondante dans la toundra arctique, autant en Europe, en Asie qu’en Amérique du Nord. Elle est importante pour les écosystèmes, mais également pour les communautés autochtones nordiques. Malheureusement, les populations de ce grand herbivore ont enregistré des déclins importants depuis le début des années 2000 au Yukon et en Alaska. C’est pourquoi de nombreux membres des communautés autochtones ainsi que des chercheuses et des chercheurs en écologie ont commencé à s’y attarder sérieusement dans le but d’identifier les causes de ce déclin et tenter de le ralentir.

Les changements climatiques ont été pointés du doigt. Leur effet se fait ressentir partout sur la planète et à un rythme accéléré dans l’Arctique. Différentes raisons ont été proposées pour expliquer leur impact : manque de synchronisme entre la croissance de certaines plantes et les besoins des caribous, augmentation de la présence de glace sur les pâturages hivernaux réduisant l’accès aux plantes, diminution de la qualité des plantes consommées, etc.

L’étude de la condition corporelle des grands herbivores est un facteur clé utilisé pour savoir s’ils s’alimentent suffisamment pour survivre, se reproduire et traverser les conditions rigoureuses de l’hiver. Par exemple, un caribou de petite taille, de faible masse corporelle et avec peu de réserves de gras ne réussira pas à survivre aux hivers glaciaux de l’Arctique et aura moins de chance de se reproduire. C’est donc un excellent indicateur pour comprendre les liens entre les conditions météorologiques et la dynamique des populations de caribou.

Résultats de l’étude

L’étude de Mme Gagnon avait pour but de comprendre l’impact de la météo et du climat sur le grand troupeau nord-américain de caribous migrateurs de la toundra, celui de la rivière Porcupine. Elle a eu la chance d’utiliser une compilation des observations de chasseurs Inuvialuit et Gwich’in qui avait été réalisée entre 2000 et 2010 dans le cadre d’un programme de surveillance environnementale communautaire autochtone. “Jamais personne n’avait encore analysé cette banque de données de plusieurs centaines d’observations !”, explique la chercheuse. Cette compilation comportait des données relevées par les chasseurs autochtones dont la condition corporelle des caribous. En combinant ces observations avec des données météorologiques, Mme Gagnon a pu analyser les changements temporels dans la condition corporelle des caribous et mesurer l’effet des conditions météorologiques...

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