Soutien social et santé chez les Inuits de l’Arctique canadien

Publié le 19.03.2010

Les différents types de solidarité et de soutien social, dans la mesure où ils assurent la cohésion d’une communauté, sont des déterminants sociaux majeurs de la santé de ses membres.

De tous les groupes sociaux du Canada, les Inuits sont du point de vue matériel les plus défavorisés : ils ont les revenus économiques les plus faibles alliés au plus fort taux de chômage. C’est également parmi eux que l’espérance de vie est la plus basse et que les taux de suicide, de mortalité infantile et de maladies chroniques, sont les plus élevés. Cependant, la plupart choisissent de rester dans leur communauté. C’est là qu’intervient le soutien social, qui permet aux individus et aux communautés de faire face aux conditions extrêmement rigoureuses de l’environnement arctique ou de réduire les conséquences les plus néfastes de la maladie une fois qu’elle s’est déclarée. Différentes études montrent ainsi que les personnes isolées, n’ayant pas accès à des réseaux de soutien social, sont confrontées à des risques accrus de mort prématurée ou périnatale. Leurs chances de survie aux maladies graves sont réduites et leur santé mentale plus précaire.

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Inuit la tête à l’envers
Photo : Itkonen Certains droits réservés-Licence Creative Commons

On s’accorde à reconnaître quatre grands types de soutien social :

  • l’interaction positive (assister à un évènement social, une fête, une cérémonie...) ;
  • le soutien émotionnel (chercher et bénéficier de conseils, de réconfort...) ;
  • l’affection et l’intimité (d’un époux, d’une personne aimée...) ;
  • le soutien tangible, l’aide matérielle (prêts d’argent, partage de nourriture...).

A partir de données recueillies lors d’une enquête sur les peuples aborigènes menée en 2001, un auteur a analysé les relations entre ces différentes dimensions du soutien social et d’autres déterminants sociaux de la santé.

Les niveaux de soutien social, pour toutes les dimensions, seraient plus élevés chez les femmes, chez les plus jeunes (15 à 24 ans), les gens mariés, ceux qui connaissent une langue autochtone, et ceux qui participent aux activités traditionnelles liées à l’alimentation : chasse (aux phoques, caribous, baleines, canards), pêche et cueillette de baies.

Or, au cours du siècle précédent, les Inuits ont connu une transformation rapide de leur mode de vie, originellement organisé autour de l’approvisionnement en nourriture. Au fur et à mesure que l’économie de marché a pénétré en Arctique, la participation à ces activités a décliné, en même temps que se produisait une augmentation significative de la toxicomanie, de l’alcoolisme, des suicides et des violences au sein de la famille et de la communauté.

L’importance des traditions, outre leur caractère alimentaire, réside peut-être davantage encore dans le fait qu’elles contribuent à promouvoir une identité culturelle, structurer la vie sociale et assurer la cohésion de la communauté.

Une piste à suivre pour mettre en œuvre une politique de santé serait la création, tout au long de l’année, d’évènements sociaux à partir des pratiques traditionnelles de chasse, pêche et cueillette, ainsi que le versement de subventions pour encourager la participation à ces activités.

Une autre variable qui s’est révélée importante est celle de la connaissance ou de la pratique des langues indigènes ; c’est à leur sujet que les différences dans l’accès au soutien social ont été les plus marquées. Ainsi, parler ou comprendre une de ces langues multiplie par quatre les chances de bénéficier de niveaux importants de soutien matériel.

En conséquence, la défense et la promotion des langues inuites apparaît comme un autre objectif majeur en vue d’assurer l’intégration de la communauté, donc la santé de ses membres.


Canada, Arctique

Laurent Panes, INIST-CNRS

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