Tendances suicidaires dans une communauté Inuite

Publié le 14.09.2009

Les suicides dans les communautés inuites et amérindiennes du Canada sont cinq à sept fois plus fréquents que la moyenne nationale. L’enjeu est donc d’importance pour la santé publique.

Des chercheurs ont étudié, lors d’une enquête menée dans une communauté inuite d’un hameau de la province du Nunavut (Arctique canadien), la fréquence des idées ou tentatives de suicide lors des six mois précédents et leurs relations avec les états dépressifs, les troubles anxieux et l’abus de boissons alcoolisées.

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Jeunes inuites en costume traditionnel
Photo : © 2006-G-Lessard http://mediamentor.ca Certains droits réservés-Licence Creative Commons

L’enquête, par questionnaire, a été menée auprès d’un échantillon tiré au sort d’habitants âgés d’au moins 14 ans. Deux versions du questionnaire étaient proposées, l’une en inuktitut [1], l’autre en anglais. 52% des participants ont choisi la version dans leur langue natale. Le questionnaire, en plus de données d’ordre démographique (âge, sexe) évaluait, d’une part, la présence de dépression, de troubles anxieux et d’abus d’alcool et, d’autre part, les conduites suicidaires (idées ou tentatives) récentes.

Près de la moitié des personnes interrogées ont dit avoir eu des idées de suicide dans la semaine écoulée et 30% avoir tenté d’en finir dans les six mois précédant l’enquête. Parmi ces derniers, seize ont fait deux, voire trois tentatives de suicide. Les plus jeunes (moins de 35 ans), avec une angoisse importante et préférant l’anglais à leur langue traditionnelle, se sont révélés particulièrement à risque. Bien que la dépression se soit rencontrée dans près d’un quart de l’échantillon, elle n’est cependant pas apparue comme un facteur de risque significatif, tout comme le sexe. L’abus d’alcool semble constituer un facteur de risque indépendant.

En revanche, la préférence pour l’inuktitut comme langue d’enquête, en tant que signe d’adhésion ou d’identification à la culture traditionnelle inuite (enculturation), semble constituer un facteur de protection contre les idées de suicide. Ainsi 67% des participants qui ont choisi de répondre en anglais ont dit avoir ressenti des désirs de mort dans les six derniers mois, contre 41% de ceux qui ont préféré l’inuktitut.

Cette étude suggère donc certaines pistes pour une politique de prévention du suicide spécifique aux Inuits d’Amérique du Nord : se centrer sur des populations particulièrement à risque (jeunes de moins de 35 ans qui présentent des troubles anxieux) et sur l’alcoolisme. Elle semble également indiquer l’intérêt du maintien de liens étroits à la culture traditionnelle. Différentes études préconisent ainsi la prévention du suicide, à travers l’enculturation, par des stratégies développées localement. La promotion des pratiques de médecine traditionnelle de même que l’éducation et le développement communautaires pourraient en faire partie.

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Panneau de signalisation bilingue au Québec, en inuktitut et en anglais
Photo : Alanah.montreal Certains droits réservés-Licence Creative Commons

Laurent Panes, INIST-CNRS

[1]L’inuktitut est l’un des quatre grands ensembles dialectaux de la langue inuit, les trois autres étant l’inupiaq, parlé en Alaska, l’inuktun, parlé dans le Nord-Ouest canadien, et le kalaallisut, langue du Groenland. L’inuktitut est parlé par près de 30 000 personnes au Québec (dans le Nunavik), dans l’île de Baffin et dans le Nunavut.

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