Un paradigme arctique de sécurité ? Pour une lecture géopolitique du complexe régional de sécurité.

Publié le 06.11.2019 - Dossier de Pauline Pic et de Frédéric Lasserre du 08/03/2018 sur L'Espace Politique

La question de la sécurité en Arctique fait régulièrement la une des journaux. Ancien épicentre stratégique, la région peine à se départir de cadres d’analyse traditionnels qui ne prennent pas en compte ses mutations récentes : changements climatiques, bien sûr, mais aussi ouverture progressive aux activités, intégration aux grands réseaux mondiaux… Ces mutations viennent largement renouveler les enjeux de sécurité dans la région. Alors que les sciences politiques et les Relations Internationales dominent les études de sécurité, un pan de littérature commence toutefois à émerger, s’attachant à remettre le territoire au cœur de l’analyse. Ce travail vient alors souligner la pertinence d’une analyse géopolitique de la sécurité dans la région, à la lumière des enjeux actuels

Jesper Berg, Premier Ministre norvégien, a décidé d’arrêter la production de pétrole de son pays pour la remplacer par une énergie propre et renouvelable : le thorium. Face à cette décision, la Russie prend, par la force, le contrôle des plateformes pétrolières offshore du pays, avec l’assentiment de l’Union Européenne qui craint pour son approvisionnement énergétique. Progressivement, la Russie prend le contrôle de tout le pays mais se heurte à une résistance norvégienne de plus en plus organisée et l’escalade des tensions finit par rendre la guerre apparemment inévitable. Le dernier épisode de cette excellente série, Occupied, se termine d’ailleurs par un plan du Premier Ministre norvégien, au moment de savoir s’il va, où non, déclarer officiellement la guerre (Skjoldbjærg, Lund, 2015). Diffusée en Europe en 2015 et au Québec en 2016, cette série est assez révélatrice de l’imaginaire dont est porteuse la région arctique à l’heure actuelle : une région riche, en mutation, où les grandes puissances se livrent à une « course aux ressources et aux territoires » (Breteau, 2015), où les tensions s’intensifient, jusqu’à potentiellement mener au conflit (Huebert, Exnert-Pirot, 2016). Le générique est assez révélateur à l’égard de cet imaginaire : on y voit notamment des images de la fonte des glaces et la question de la montée des eaux est largement suggérée alors même que ce thème est très secondaire dans l’intrigue. Les changements climatiques que connaissent la région apparaissent ainsi intimement liés à une montée des tensions.

Une attention de plus en plus grande est portée à la région, médiatique certes, mais aussi politique. Une recherche menée sur la relation entre médias et politique en lien avec les changements climatiques arctiques montre que ce n’est pas seulement la fréquence des reportages concernant l’Arctique, mais surtout la forme et le caractère très catastrophiste de ce discours médiatique qui attire l’attention du lecteur (Christensen, Nilsson, Wormbs, 2013). La recherche sur cette couverture médiatique « de masse » souligne également le rôle central joué par les médias qui modèlent l’opinion publique et auraient ainsi un vrai impact sur les décisions politiques (Christensen, 2013). Le scénario de cette série n’est donc pas anodin, et la Russie n’a d’ailleurs pas manqué de réagir : un communiqué de l’ambassade de Russie à Oslo indiquait qu’ « il est désolant qu’en ce 70e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale des scénaristes, agissant comme s’ils avaient oublié les efforts héroïques de l’armée soviétique dans la libération de la Norvège, intimident les téléspectateurs norvégiens avec une menace qui n’existe pas » . Mais la polémique ne s’est pas arrêtée là et la crise ukrainienne est venue apporter un écho tout particulier à cette occupation fictive, en refroidissant sévèrement les relations est-ouest, jusqu’à – justement – causer des tensions en Arctique...

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