Une concentration en mercure particulièrement élevée chez les Groenlandais

Publié le 28.08.2007

L’alimentation traditionnelle expose fortement les populations arctiques au mercure. La concentration de ce métal dans certains organes a été mesurée chez des Groenlandais et comparée à sa concentration dans les mêmes organes parmi la population générale d’autres pays dans le monde.

L’alimentation traditionnelle des groenlandais constitue une source importante d’exposition au mercure. Son apport journalier avoisine, voire même dépasse, la dose journalière admissible établie par l’OMS. Afin de voir si le mercure s’accumule dans l’organisme humain, une équipe danoise a analysé des échantillons de foies, de reins et de rates provenant d’autopsies pratiquées sur des groenlandais adultes décédés de toutes sortes de causes, naturelles ou violentes, entre 1990 et 1994 [1].

JPEG - 14.3 ko
Printemps polaire à Station Nord, Groenland
© CNRS Photothèque / FERRARI Christophe
UMR5183 - LABORATOIRE DE GLACIOLOGIE ET GEOPHYSIQUE DE L’ENVIRONNEMENT (LGGE), ST MARTIN D’HERES
Des études sur le stockage dans la neige du mercure, provenant de l’atmosphère, y ont été effectuées. La formation et la fonte des neiges polaires transforment une pollution mercurielle diffuse de l’atmosphère, en une pollution importante des milieux recevant les eaux de fonte (sols, milieux aquatiques).

Les données de 102 personnes ont ainsi été disponibles, le groupe comprenant pratiquement autant d’hommes que de femmes, avec un âge moyen de 60 ans. Le taux de mercure total le plus élevé a été trouvé dans le rein, suivi par le foie et la rate. Les taux ne différaient pas entre les hommes et les femmes et il n’a pas été observé de relation avec l’âge, sauf pour le mercure total dans le foie dont la concentration diminuait avec l’âge.

Les auteurs ont ensuite comparé le taux de mercure total des groenlandais avec celui trouvé lors d’autres autopsies réalisées dans d’autres pays (Japon, Corée, et plusieurs pays européens : Norvège, îles Faeroe, Suède, Danemark, Pologne et Espagne), entre les années 1989 et 2004. Il a été vérifié qu’aucune de ces personnes décédées n’avaient été exposées au mercure pour raisons professionnelles.

Dans le foie et les reins, le mercure total des Groenlandais a été trouvé sept à huit fois plus élevé que celui des danois, des norvégiens ou des suédois. Il était aussi plus élevé que celui des espagnols, des polonais, des coréens et des japonais. Par contre, il était deux à trois fois plus faible que celui trouvé chez les habitants des îles Faeroe. Ce dernier résultat peut s’expliquer par le fait que les individus des îles Faeroe inclus dans l’étude de 1989 avaient été sélectionnés dans un groupe de population qui consommait une quantité importante de chair de globicéphales [2] .

Le mercure pénètre dans la chaîne alimentaire des systèmes terrestres et aquatiques et s’accumule chez les poissons superprédateurs et les mammifères situés au sommet de longues chaînes trophiques par bioamplification [3]. La population groenlandaise est donc particulièrement exposée par son alimentation au mercure, et les résultats de l’étude sur un échantillon de la population montrent bien une accumulation de ce métal lourd dans les organes, surtout dans les reins et le foie.

Les résultats de ce travail sont en accord avec ceux de deux autres études :

  • une étude sur l’apport en mercure par l’alimentation chez les groenlandais de souche effectuée en 2004 à Disko Bay, une région du Groenland où la nourriture traditionnelle, constituée de poissons, d’oiseaux de mer, de phoques et de baleines est importante. Deux sources principales avaient été identifiées, le muscle et le foie de phoque, constituant environ 60% de l’apport total. Les autres sources se répartissaient entre les poissons, les oiseaux et les baleines, l’apport des espèces terrestres étant insignifiant.
  • une étude de 2002 réalisée au Danemark qui avait montré que l’apport en mercure par l’alimentation chez les danois était environ 10 fois plus basse que celle des groenlandais, cet apport provenant essentiellement de la consommation de poissons.

Marie-Pierre Verdier, INIST-CNRS

[1]Les échantillons avaient été recueillis dans le cadre d’une étude sur l’athérosclérose. Ils avaient été entre-temps conservés à -80 °C.

[2]Le globicéphale est un dauphin de grande taille (Delphinidae). Son nom latin, globicephala, qui signifie "tête globuleuse" vient de l’important développement de son melon frontal. Il est communément appelé "dauphin pilote" car on le voit fréquemment dans le sillage ou à l’étrave des navires (en anglais " pilot whale").

[3]Tendance des organismes de fin de chaîne alimentaire à concentrer de grandes quantités de polluant ou de contaminant présent dans un biotope

Situer cette recherche