Akademik Lomonosov : ce Tchernobyl flottant fait route vers l’Arctique

Publié le 25.07.2019 - Article de Charles-Elie Guzman du 03/07/2019 dans Up' Magazine

L’Akademik Lomonosov n’est pas un navire comme les autres. C’est une centrale nucléaire flottante, imaginée par les Russes pour alimenter en énergie les zones les plus au Nord de la planète. Actuellement amarré au port de Mourmansk, ce navire abritant deux réacteurs nucléaires de 35 MW chacun va entamer une traversée de 5000 km à travers l’Arctique. Un voyage à haut risque environnemental, dans une des zones les plus fragiles du monde ; mais en arrière-plan, se dessinent les appétits féroces de ceux qui veulent conquérir et coloniser les nouveaux espaces laissés par la fonte des glaces et le réchauffement climatique

Sa construction a commencé il y a dix ans. Aujourd’hui, l’Akademik Lomonosov est paré pour le grand voyage. Ce bâtiment ressemble à un immense navire de 144 mètres de long mais ce n’en est pas un. C’est une barge flottante démesurée, dans les entrailles de laquelle sont nichés deux réacteurs nucléaires KLT-40S capables de fournir 70 MW, soit suffisamment d’électricité pour une ville de 100 000 habitants. L’uranium enrichi nécessaire pour faire tourner les réacteurs a déjà été chargé lors du séjour du navire à Moumansk à l’extrême Nord-Ouest de la Russie, à quelques encâblures seulement de la Norvège. Tout est donc prêt pour se lancer dans une aventure maritime folle de 5000 km dans les eaux de l’Arctique pour rejoindre le port de Pewek, à l’extrême Est de la Russie. L’équipage fort de 69 hommes est sur son trente-et-un. Les trompettes et les fanfares ne manqueront pas lors de l’appareillage de ce monstre mais les inquiétudes aussi. L’excellente série à succès Chernobyl nourrit le spectre de l’accident et fait entendre les propos rassurants des officiels russes d’une oreille irrésistiblement suspicieuse.

Titanic nucléaire

Quand les ingénieurs du géant nucléaire russe Rosatom affirment ainsi que « le confinement à double niveau des réacteurs est parfaitement étanche », on ne peut manquer d’imaginer cette barge gigantesque, pesant ses 21 500 tonnes, bourrée d’uranium enrichi, tractée par des petits remorqueurs au milieu des vagues, des glaces et des icebergs du grand Nord. Pour nous rassurer encore, les ingénieurs russes déclarent haut et fort que ce navire est « insubmersible ». La dernière fois qu’on a entendu ce qualificatif à propos d’un bateau, on sait ce qui s’est passé. Les organisations écologiques alertent avec véhémence sur les risques d’une telle entreprise. C’est le cas de Greenpeace qui va escorter le navire dans son voyage périlleux : « Avec son fond plat et son absence de système de propulsion, c’est comme si on jetait une centrale nucléaire sur une palette en bois pour dériver dans les eaux les plus difficiles du monde ».

Il est vrai que l’immense zone sur laquelle l’Akademik Lomonosov va naviguer n’a rien d’un grand lac tranquille. C’est un des océans les plus dangereux du monde. Les navires doivent se faufiler entre des blocs immenses de glace, et même avec le réchauffement spectaculaire de la région, les risques de collision et d’enferment dans les eaux gelées existent. De plus, des chercheurs ont montré récemment que le réchauffement climatique, en déversant des millions de tonnes de glaces fondues dans l’océan, a multiplié la hauteur et la force des vagues. Contrairement à ce qui se passait il y a encore quelques années, l’Arctique connaît des zones d’eau libres si étendues que les vagues, les ondes de tempête et les vagues submersion se sont multipliées rendant la navigation extrêmement difficile. Les déferlantes sont de plus en plus fréquentes et une houle pouvant atteindre plus de 9 mètres n’est plus un événement occasionnel...

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Voir aussi l’article d’Audrey Duperron du 02/07/2019 sur le portail Express