Les défenses des narvals révèlent l’inquiétante évolution de l’Arctique

Publié le 04.05.2021 - Interview de Jean-Pierre Desforges parue le 11/04/2021 sur Atlantico

Jean-Pierre Desforges, chercheur à l’Université McGill de Montréal au Canada, a analysé l’impact des hausses de température de l’Arctique sur le narval, une espèce de cétacé qui vit dans cet océan

Atlantico : Une analyse des défenses de narval montre qu’à mesure que l’Arctique se réchauffe, leur régime alimentaire change. Qu’avez-vous appris sur le réchauffement climatique dans la région en étudiant leurs défense ?

Jean-Pierre Desforges : La meilleure indication du réchauffement climatique est la température (de l’eau et de l’air) et les records du niveau de glace de mer, qui montrent clairement une augmentation des températures et une diminution de l’étendue et de la concentration de la glace de mer au cours des dernières décennies. Ce que la défense de narval nous apprend est un enregistrement détaillé (et annuel) de la façon dont ces cétacés réagissent aux conditions changeantes dans l’Arctique au cours de leur vie. Nous montrons qu’à mesure que la glace de mer diminue, le régime alimentaire du narval passe probablement de proies principalement associées à la glace et de haut niveau de proies dans la chaîne alimentaire comme la morue arctique et le flétan du Groenland à des proies plus ouvertes comme la morue polaire et le capelan. Ce changement de régime a également été associé à des changements dans l’exposition au mercure des narvals tout au long de leur vie, le régime almentaire étant la principale voie d’exposition au mercure chez les principaux prédateurs.

Atlantico : Le niveau de mercure trouvé dans leurs défenses augmente avec le temps. D’où vient ce mercure ? Est-ce dangereux pour le narval ou pour d’autres espèces ?

Jean-Pierre Desforges : Le mercure est un composé naturel. Il est présent en faibles concentrations dans l’environnement. Cependant, nos recherches ont montré que les niveaux actuels de mercure dans les principaux prédateurs de l’Arctique sont presque entièrement (> 90% en moyenne) des sources de mercure artificielles. Puisqu’il n’y a aucune source majeure de mercure dans l’Arctique, cette source artificielle de mercure doit provenir d’endroits plus au sud. Les principales sources concernent la combustion du charbon, la combustion de combustibles fossiles, l’extraction de l’or et d’autres processus d’extraction de ressources naturelles. L’Arctique est considéré comme un puits pour le mercure en raison des courants atmosphériques et océaniques naturels qui amènent le mercure dans la région, où il s’accumule dans l’environnement froid et pénètre dans la chaîne alimentaire. Il est difficile d’établir si les niveaux actuels nuisent au narval, mais des preuves expérimentales découvertes en laboratoire et d’espèces sauvages comme le vison, la loutre et même l’ours polaire suggèrent que ces concentrations peuvent perturber le fonctionnement neurochimique, comme la liaison aux récepteurs des neurotransmetteurs…

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Voir aussi l’article de Radio Canada (avec la collaboration de John Last) du 06/04/2021 sur le site Regard sur l’Arctique, coproduit par Radio Canada International