"On a fait de l’Arctique un El Dorado" : pourquoi le pôle Nord aiguise les appétits

Publié le 19.04.2021 - Interview de Thierry Garcin du 15/03/2021 sur Nice-Matin (propos recueillis par Pierre-Louis Pagès)

Invité par la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques de Toulon, Thierry Garcin, auteur du livre Géopolitique de l’Arctique, donnera une conférence ce jeudi sur l’intérêt grandissant pour le pôle Nord

— Le regard sur l’Arctique a-t-il changé récemment ?

Oui, à la fin des années 2000, ce qui coïncidait avec l’année polaire internationale de 2007-2009, événement scientifique qui a lieu tous les cinquante ans, on a assisté à une exagération des enjeux arctiques. On a imaginé, sans que ce soit réellement prouvé, que l’Arctique regorgeait de pétrole, que les routes maritimes - plus communément appelées passage du nord-ouest et passage du nord-est - allaient s’ouvrir rapidement. On a même évoqué une multiplication des litiges frontaliers dans cette partie du monde située au-delà du cercle polaire.

— Ça correspondait avec les ambitions affichées par les Russes dans la région ?

C’est effectivement à cette période, au mois d’août 2007, que la Russie a planté sous le pôle Nord, par plus de 4 000 mètres de profondeur, un drapeau en titane aux couleurs du pays. Une façon d’afficher ses revendications sur le plateau continental du pôle et les richesses qu’il renferme. Cet emballement pour l’Arctique est directement lié au réchauffement incontestable de la planète. Avec la fonte accélérée de la banquise, on a imaginé accéder plus facilement aux réserves supposées de gaz, de pétrole, voire de minerais. On a fait de l’Arctique un El Dorado.

— Pourquoi l’Arctique n’est pas protégé de toute exploitation comme peut l’être l’Antarctique ?

L’Antarctique est effectivement protégé par un traité international depuis 1959. Mais les enjeux économiques ne sont pas les mêmes au pôle Sud, une terre glacée très éloignée de tout et qui, hormis les scientifiques, ne compte aucun habitant. Mais à l’initiative de la France, plus précisément de Michel Rocard qui était alors ambassadeur des pôles, une proposition de traité a bien été faite pour protéger l’Arctique. Elle a été rejetée par les États-Unis et la Russie, les deux grandes puissances riveraines de l’Arctique (avec le Canada, le Danemark et la Norvège, N.D.L.R.) méfiantes, pour ne pas dire opposées aux traités à portée mondiale...

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