Une attention de plomb

Publié le 27.03.2008

Au Québec arctique, la pollution par les métaux lourds fait courir de graves dangers aux communautés inuites locales. Les niveaux de concentration en plomb dans le sang maternel y sont parmi les plus élevés des populations du cercle polaire.

Pendant la grossesse, le plomb présent dans le sang de la mère est transmis au foetus en franchissant aisément la barrière placentaire. C’est pourquoi la période fÅ“tale est considérée comme particulièrement sensible pour les dommages liés à ce type de contamination. Diverses études ont constaté que même de faibles taux de ce métal toxique dans les cellules sanguines du cordon ombilical (indicateur de l’exposition prénatale au plomb) peuvent engendrer un faible poids à la naissance, une croissance plus lente, des troubles neurologiques (réflexes anormaux, déficits visuels) et intellectuels... Cependant, les effets d’une exposition prénatale à de faibles concentrations de plomb sur le comportement ultérieur du nourrisson n’ont pas encore été clairement démontrés.

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Femme inuit et son bébé en habits traditionnels, Nunavut, Canada
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C’est dans cette perspective qu’une équipe canadienne composée de psychologues, de psychiatres et de médecins a mené une série d’études expérimentales chez des nourrissons âgés de onze mois, issus de trois communautés inuites du Nunavik, région du Québec arctique. C’est à partir de cet âge que l’on peut détecter des différences individuelles de réactions envers de nouveaux objets ou de nouvelles situations. L’attention des bébés a été évaluée par des expériences filmées.

Selon les chercheurs, la concentration en plomb dans le cordon ombilical est associée à une fréquence plus élevée de mouvements désordonnés, ainsi qu’à un temps plus long pendant lequel l’enfant ne regarde ni le nouvel objet présenté, ni l’examinateur. Un détournement du regard plus rapide après qu’un nouvel objet ait été introduit semble aussi indiquer chez le nourrisson une aptitude réduite à maintenir son attention.

Cette étude serait la première à mettre en évidence les conséquences d’une exposition prénatale au plomb sur le comportement de jeunes enfants, même à de faibles concentrations, inférieures au seuil de tolérance habituellement admis. Selon les auteurs, la détection de moindres capacités d’attention chez les nourrissons pourrait fournir un indicateur précoce d’une exposition au plomb dans les communautés de l’Arctique.

Laurent Panes, Inist-CNRS

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